Un bailleur sur trois ignore que la notice d'information conditionne la validité de certaines clauses de son bail. Ne pas la remettre ne rend pas le contrat nul — mais ça affaiblit considérablement sa position en cas de litige. Ce guide couvre tout : le contenu exact, la bonne façon de la remettre, et les conséquences concrètes de chaque règle.
Pourquoi cette notice existe
La loi ALUR du 24 mars 2014 l'a créée pour un objectif simple : que le locataire comprenne ses droits avant de signer. Pas en théorie. En pratique, avec un document remis en main propre au moment de la signature.
Son contenu est fixé par l'arrêté du 29 mai 2015. Ce n'est pas un document que le bailleur rédige — c'est un texte officiel à annexer tel quel. La forme est imposée, le fond aussi.
À quels baux s'applique-t-elle ?
La notice s'applique aux locations nues (non meublées) à usage de résidence principale, régies par la loi du 6 juillet 1989. Ce sont les baux d'habitation vide standard, durée 3 ans.
Elle ne s'applique pas aux :
- Baux meublés — ils ont leur propre notice, issue du décret du 31 juillet 2015, au contenu similaire mais distinct
- Locations saisonnières
- Baux commerciaux et professionnels
- Logements de fonction
- Locations à des personnes morales
Comment la remettre correctement
La loi ne précise pas la forme exacte de la remise — mais la jurisprudence a tranché : il faut pouvoir prouver que le locataire l'a bien reçue. Un simple renvoi en annexe du bail ne suffit pas si le locataire conteste l'avoir eue en main.
Trois façons fiables de couvrir le bailleur :
- Mention dans l'acte de bail : insérer une clause du type « Le bailleur reconnaît avoir remis au locataire, ce jour, la notice d'information annexée au présent contrat » — signée par les deux parties.
- Émargement séparé : faire signer un reçu ou un bordereau d'annexes listant tous les documents remis (notice, diagnostics, règlement de copropriété…).
- Envoi en recommandé avec AR : si la signature ne se fait pas en présentiel, envoyer le bail et ses annexes par courrier recommandé avec accusé de réception.
La notice doit être remise au moment de la signature, pas après. Une remise ultérieure ne régularise pas l'absence initiale.
Ce qu'elle contient
La notice officielle couvre l'intégralité de la relation locative — de la signature jusqu'à la restitution du dépôt de garantie. Elle est organisée en deux grandes parties : les droits et obligations du locataire, les droits et obligations du bailleur.
Chaque affirmation renvoie à un article de loi. Le document fait entre 4 et 6 pages dans sa version intégrale. Il n'est pas conçu pour être lu en diagonale : chaque paragraphe a une portée juridique précise.
Les thématiques couvertes :
- Droits et obligations du locataire pendant le bail
- Droits et obligations du bailleur
- Règles relatives au loyer et à sa révision (IRL)
- Charges locatives récupérables
- Conditions de résiliation du bail (congé bailleur et locataire)
- Dépôt de garantie : montant, délais, conditions de retenue
- Voies de recours en cas de litige
Droits du locataire rappelés dans la notice
Le droit fondamental est la jouissance paisible : le bailleur ne peut pas entrer dans le logement sans accord préalable du locataire, sauf urgence avérée (article 1724 du Code civil). En pratique, les visites pour travaux ou pour revente doivent être convenues avec le locataire — généralement 24 à 48 heures à l'avance selon ce que stipule le bail.
Les droits clés :
- Maintien dans les lieux : le bailleur ne peut reprendre son bien qu'à l'échéance du bail, avec un préavis de 6 mois, et uniquement pour l'un des trois motifs légaux.
- Logement décent : critères définis par le décret du 30 janvier 2002. Surface habitable minimale de 9 m², hauteur sous plafond de 2,20 m, absence de risques pour la sécurité et la santé.
- Diagnostics techniques : le locataire a droit au DPE, au diagnostic plomb (si immeuble avant 1949), à l'état amiante, aux diagnostics électricité et gaz (si installations de plus de 15 ans). Sans ces documents, il peut demander une réduction de loyer.
- Droit de préemption : si le bailleur vend le logement libre (sans locataire), le locataire a un droit de préemption — il peut acheter en priorité aux conditions proposées à un tiers acquéreur (article 15 II de la loi du 6 juillet 1989).
- Sous-location : possible uniquement avec accord écrit du bailleur et à un loyer qui ne dépasse pas celui payé par le locataire principal.
Obligations du bailleur
Délivrer un logement décent n'est pas une option. C'est une obligation légale, et le non-respect expose le bailleur à une réduction de loyer prononcée par le tribunal, voire à une résiliation du bail à ses torts.
Les grosses réparations restent à la charge du bailleur même si un locataire signe un bail qui tente de les lui transférer : cette clause serait réputée non écrite. L'article 606 du Code civil définit les grosses réparations (gros murs, voûtes, poutres, toiture, murs de soutènement, clôtures). Le bailleur ne peut pas s'en exonérer contractuellement.
Les obligations principales :
- Délivrance d'un logement décent : 9 m² minimum, 2,20 m de hauteur, équipements fonctionnels, isolation thermique suffisante.
- Entretien en état de servir : les réparations qui ne relèvent pas des réparations locatives courantes (décret du 26 août 1987) sont à la charge du bailleur.
- Garantie contre les vices cachés : un défaut structurel qui rend le logement impropre à l'usage engage la responsabilité du bailleur, même s'il l'ignorait.
- Remise des documents obligatoires : diagnostics techniques, extraits du règlement de copropriété si applicable, DPE, état des risques naturels et technologiques.
Révision de loyer : l'IRL en pratique
Le loyer ne peut être révisé qu'une fois par an, à la date anniversaire du bail. La révision est calculée sur l'Indice de Référence des Loyers (IRL) publié trimestriellement par l'INSEE.
La formule légale : Nouveau loyer = Loyer actuel × (IRL du trimestre de référence / IRL du même trimestre de l'année précédente). L'IRL de référence est celui du trimestre mentionné dans le bail (ou, à défaut, celui du trimestre en cours lors de la signature).
Exemple concret : bail signé en mars 2024, loyer 800 € HC, IRL T4 2023 = 143,46, IRL T4 2024 = 146,11. Nouveau loyer = 800 × (146,11 / 143,46) = 814,77 €.
La révision est un droit, pas une obligation automatique. Le bailleur doit notifier le locataire (courrier, e-mail avec preuve). Sans notification, le loyer reste inchangé.
Encadrement des loyers : zones tendues
Dans les zones soumises à l'encadrement des loyers, le loyer ne peut pas dépasser le loyer de référence majoré fixé par arrêté préfectoral. Ce plafond s'applique à la signature du bail et lors de chaque renouvellement.
Les villes actuellement concernées (liste susceptible d'évoluer) : Paris, Lille, Lyon, Villeurbanne, Bordeaux, Montpellier, Grenoble, Rennes, Strasbourg et plusieurs communes en petite couronne parisienne. Chaque ville publie ses loyers de référence sur un site officiel dédié.
Le loyer de référence varie selon le type de bien (surface, époque de construction, nombre de pièces, meublé/non meublé). Le loyer de référence majoré est celui de référence augmenté de 20%. Exemple à Paris : pour un T2 vide de 40 m² construit après 1990, le loyer de référence est de l'ordre de 26 €/m² — soit un plafond majoré autour de 31,20 €/m², soit 1 248 € maximum.
Le complément de loyer est possible (pour des caractéristiques exceptionnelles de confort ou de localisation), mais doit être mentionné dans le bail avec justification. Il est attaquable si son montant est jugé disproportionné.
Charges récupérables : ce qui est autorisé
Les charges récupérables sont listées exhaustivement par le décret du 26 août 1987. Le bailleur ne peut facturer que ce qui figure dans cette liste. Tout le reste reste à sa charge, même si le bail tente de les transférer au locataire.
Ce qui est récupérable :
- Électricité des parties communes et de l'ascenseur
- Entretien de l'ascenseur (contrat d'entretien)
- Nettoyage des parties communes
- Eau froide et chaude collective
- Entretien des espaces verts (sauf grosses rénovations paysagères)
- Taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM)
- Ramonage des conduits collectifs
Ce qui n'est pas récupérable, même si le bail le prévoit :
- Frais de gestion locative
- Assurance de l'immeuble
- Honoraires d'administrateur de biens
- Ravalement de façade
- Remplacement de l'ascenseur (à distinguer de l'entretien courant)
Quand les charges sont versées en provision (avance mensuelle), le bailleur doit faire une régularisation annuelle avec présentation des justificatifs. Sans justificatifs remis au locataire, la régularisation ne peut pas être exigée. Le locataire a le droit de consulter les pièces justificatives pendant un mois après réception du décompte.
Dépôt de garantie : montants et délais légaux
Pour un bail vide, le dépôt de garantie est plafonné à 1 mois de loyer hors charges. Ce plafond est d'ordre public : impossible de le contourner, même avec l'accord du locataire.
Délais de restitution : 1 mois si l'état des lieux de sortie est identique à l'entrée, 2 mois dans tous les autres cas. Ces délais courent à partir de la date de remise des clés ET de la transmission de la nouvelle adresse du locataire — les deux conditions doivent être réunies.
Les retenues sont autorisées uniquement pour des dégradations prouvées par comparaison entre les deux états des lieux (entrée et sortie), avec devis ou factures à l'appui. La vétusté normale s'impute systématiquement sur le montant réclamé — un mur qui a vieilli normalement en 5 ans ne se rembourse pas en intégralité. Les grilles de vétusté sont fixées par accord collectif (CCH) ou par la grille de la CLCV si rien n'est précisé dans le bail.
Si le locataire est en copropriété, le bailleur peut conserver jusqu'à 20% du dépôt en attente de la régularisation annuelle des charges, puis restituer le solde dans le délai légal.
Congé du bailleur : les trois motifs légaux
Le bailleur ne peut donner congé qu'à l'échéance du bail, avec un préavis de 6 mois, et uniquement pour l'un des trois motifs prévus par la loi. Hors de ces motifs, le congé est nul.
1. Reprise pour habiter.Le bailleur, son conjoint, son partenaire de PACS, ses ascendants ou ses descendants directs veulent occuper le logement à titre de résidence principale. La reprise doit être effective et durable. Un bailleur qui reprend son bien et le reloue dans les mois suivants s'expose à des dommages et intérêts minimum de 3 ans de loyer.
2. Vente du logement libre.Le locataire reçoit le congé pour vente avec une offre de vente en premier. Il dispose de 2 mois pour accepter (4 mois s'il recourt à un prêt). S'il refuse ou ne répond pas, le logement peut être vendu à un tiers — mais si les conditions de vente au tiers sont moins favorables qu'à celles proposées au locataire, ce dernier peut saisir le juge.
3. Motif légitime et sérieux.Il s'agit d'un manquement grave et répété du locataire : loyers impayés, troubles de jouissance avérés (nuisances sonores, dégradations), défaut d'assurance habitation après mise en demeure.
Pour les locataires de plus de 65 ans dont les ressources sont inférieures à un plafond légal, le bailleur ne peut donner congé pour reprise ou pour vente que s'il propose une solution de relogement. Cette protection ne s'applique pas si le bailleur lui-même a plus de 65 ans ou des ressources inférieures au même plafond.
Congé du locataire : le préavis réduit
Le locataire peut partir à tout moment, sans attendre l'échéance du bail. Le préavis de droit commun est de 3 mois. Il court à compter de la réception du courrier recommandé par le bailleur (ou de la signification par huissier).
Ce préavis est réduit à 1 moisdans plusieurs situations listées à l'article 15-I de la loi du 6 juillet 1989 :
- Logement situé en zone tendue (arrêté du 10 mai 2013 modifié — environ 1 150 communes)
- Mutation professionnelle, perte d'emploi, nouvel emploi après perte d'emploi
- Premier emploi
- État de santé du locataire justifiant un changement de domicile (certificat médical)
- Attribution d'un logement social
- Bénéficiaire du RSA ou de l'AAH
- Violences conjugales (article 15-I, alinéa ajouté par la loi du 30 juillet 2020)
Le locataire doit mentionner dans son courrier le motif de réduction de préavis et, selon les cas, joindre un justificatif. Sans justificatif, le bailleur est en droit de contester et d'appliquer le préavis de 3 mois.
Si la notice n'a pas été remise : conséquences réelles
La notice manquante ne rend pas le bail nul. Le contrat reste valide, le locataire reste tenu de payer son loyer. Mais plusieurs conséquences pratiques découlent de cette absence.
La jurisprudence considère que l'absence de notice constitue un manquement à l'obligation d'information du bailleur. En cas de litige, ce manquement peut être invoqué par le locataire pour appuyer une demande de dommages et intérêts, notamment si l'ignorance de ses droits lui a causé un préjudice mesurable.
Cas pratique : un locataire supporte pendant 18 mois un loyer dépassant le loyer de référence majoré en zone encadrée. Il prouve que la notice — qui rappelait l'encadrement des loyers — ne lui a jamais été remise. Le tribunal peut ordonner le remboursement du trop-perçu et allouer des dommages et intérêts.
Certains tribunaux ont par ailleurs jugé que l'absence de notice pouvait priver le bailleur de la possibilité d'invoquer certaines clauses dérogatoires au droit commun qui lui seraient favorables — notamment celles permettant de réduire ses obligations d'entretien au strict minimum légal.
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