L'impayé ne se règle pas avec des textos : sans calendrier et sans actes formels, vous perdez des mois... et parfois votre dossier.
Loyer impayé : le calendrier des démarches (du premier retard à l'expulsion)
Dès le premier jour de retard, vous passez en mode "preuve". Conservez le bail, l'état des lieux, le décompte des loyers/charges, les échanges, et vos relances.
Ne laissez pas "un petit mois de décalage" devenir une habitude. Un impayé qui s'installe se traite comme un dossier, pas comme une discussion.
J+1 à J+7 : relance simple et mise au clair
Appelez, puis confirmez par écrit (mail + courrier simple). Vous demandez une date de paiement, un montant, et vous actez la situation.
Exemple concret : loyer 750 € + 50 € de provisions sur charges. À J+5, vous réclamez 800 € et vous demandez un virement sous 48 h, avec preuve (capture de l'ordre de virement).
Si le locataire évoque une difficulté ponctuelle, exigez un plan écrit. Sans écrit, vous n'avez rien à produire devant un juge.
J+8 à J+20 : lettre recommandée et décompte précis
Envoyez une mise en demeure en LRAR. Vous joignez un décompte clair : mois concerné, loyer, charges, total dû, pénalités si prévues (rare en habitation), et vous fixez un délai court (8 jours par exemple).
Gardez une ligne stricte : vous réclamez le paiement, point. Les discussions sur "le logement est humide" ou "la chaudière" se gèrent à part, avec constats et procédures dédiées.
Clause résolutoire : le point de bascule (bail d'habitation)
Si votre bail d'habitation contient une clause résolutoire, elle change la mécanique. Elle permet la résiliation de plein droit après un commandement resté infructueux, sous contrôle du juge.
Pour l'habitation (vide ou meublée), le texte pivot est loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 24.
Loi du 6 juillet 1989, art. 24 : la clause résolutoire ne produit effet qu'après un commandement de payer demeuré infructueux pendant 2 mois (et information des organismes/autorités compétentes selon les cas).
Sans clause résolutoire, vous ne pouvez pas "résilier automatiquement". Vous passez par une résiliation judiciaire, plus lente et plus incertaine.
Vérification express du bail avant d'agir
Avant de lancer un commissaire de justice, relisez votre bail : clause résolutoire, solidarité en colocation, montant du loyer, provisions de charges, date d'exigibilité.
Un bail mal rédigé vous coûte cher. Pour éviter les oublis (clause, annexes, mentions), vous générez un bail conforme sur contrat-de-location.com pour 5 € et vous partez avec une base propre.
J+20 à J+30 : commandement de payer par commissaire de justice
Le commandement de payer est délivré par commissaire de justice (ex-huissier). C'est l'acte qui déclenche le délai légal de 2 mois quand il y a clause résolutoire.
L'acte doit être carré : identité des parties, adresse, référence du bail, décompte détaillé, reproduction des mentions légales, et rappel des voies d'aide (FSL, etc.). Un commandement bancal se fait attaquer.
À ce stade, arrêtez les arrangements flous du type "je paie quand je peux". Vous acceptez un échéancier uniquement si vous l'écrivez, daté, signé, avec échéances fixes et clause de déchéance du terme.
Exemple de décompte qui tient devant un juge
- Loyer avril : 750 €
- Provisions charges avril : 50 €
- Loyer mai : 750 €
- Provisions charges mai : 50 €
Total au commandement : 1 600 €
Vous ajoutez, si applicable, les frais d'acte (ils restent en principe à la charge du locataire, mais vous les avancez).
Les 2 mois après commandement : ce que vous faites pendant que le délai court
Le délai de 2 mois ne sert pas à attendre. Vous préparez la suite.
Constituez votre dossier : bail + annexes, état des lieux, quittances/encaissements, décompte actualisé, commandement, LRAR, preuves de relance, attestations (si nécessaire), et tout élément sur la situation (CAF, garant, assurance loyers impayés).
Si le locataire reprend le paiement intégral dans le délai, la clause résolutoire ne joue pas. S'il paie partiellement, vous maintenez la procédure.
CAF / APL : réagissez vite
Quand le logement ouvre droit à l'APL, l'impayé déclenche des circuits administratifs. Vous signalez la situation à l'organisme payeur selon les modalités applicables (souvent via l'espace bailleur).
Ne comptez pas sur l'APL pour "combler" sans action : un dossier incomplet ou tardif retarde tout.
Assignation au tribunal : le vrai démarrage de l'expulsion
Si les 2 mois passent sans régularisation, vous faites assigner le locataire devant le juge des contentieux de la protection (JCP). C'est le tribunal judiciaire, pôle proximité/logement selon l'organisation locale.
L'assignation demande en général :
- constat de la résiliation (clause résolutoire) ou résiliation judiciaire,
- condamnation au paiement (arriéré + indemnité d'occupation),
- expulsion,
- condamnation aux frais (article 700, dépens).
Vous visez aussi le garant si vous en avez un, et vous activez l'assurance loyers impayés si vous êtes couvert.
Délais réels : ce que vous devez anticiper
Entre l'assignation et l'audience, vous comptez souvent plusieurs semaines, parfois plus selon les tribunaux.
Le juge peut accorder des délais de paiement et suspendre les effets de la clause résolutoire si le locataire reprend un rythme crédible. C'est prévu par loi du 6 juillet 1989, art. 24 et par le droit commun des délais.
Jugement, commandement de quitter, concours de la force publique
Une fois le jugement rendu (ou l'ordonnance), vous ne "faites pas sortir" vous-même. Vous passez par les actes.
Le commissaire de justice signifie la décision, puis délivre un commandement de quitter les lieux. Le délai légal standard est 2 mois à partir de ce commandement (avec aménagements possibles selon la situation).
Si le locataire reste, le commissaire de justice dresse un procès-verbal de tentative d'expulsion et vous demandez le concours de la force publique à la préfecture. Sans ce concours, pas d'expulsion forcée.
Trêve hivernale : blocage, mais pas arrêt du dossier
La trêve hivernale suspend les expulsions physiques en principe du 1er novembre au 31 mars (Code des procédures civiles d'exécution, art. L412-6). Les procédures, elles, continuent : audience, jugement, significations, demandes administratives.
Résultat : si vous attendez mars pour bouger, vous perdez une année. Si vous enclenchez tôt, vous êtes prêt dès la fin de la trêve.
Argent : dette locative, indemnité d'occupation, dépôt de garantie
Dès la résiliation du bail, le locataire ne doit plus un "loyer" mais une indemnité d'occupation, souvent fixée au montant du loyer + charges. C'est ce que vous réclamez jusqu'à la restitution des clés.
Le dépôt de garantie ne sert pas à "payer le dernier mois" pendant le bail. En habitation vide, il est plafonné à 1 mois de loyer hors charges ; en meublé, à 2 mois hors charges (loi du 6 juillet 1989, art. 22). Vous le régularisez à la sortie, déduction faite des sommes dues et des dégradations justifiées.
Si vous avez un garant, actionnez-le vite et proprement : mise en demeure, décompte, puis procédure si besoin. La solidarité en colocation se traite au mot près, selon la clause du bail et la date de congé.
Les erreurs qui font perdre (beaucoup) de temps
Une procédure d'impayé se perd souvent sur des détails évitables.
- Laisser courir 3 mois "pour voir" : vous offrez du temps au locataire, pas à vous.
- Commandement sans décompte exploitable : vous vous faites contester l'acte.
- Bail incomplet (clause résolutoire absente, annexes manquantes, mentions bancales) : vous compliquez la résiliation.
- Accord oral d'échéancier : impossible à opposer proprement.
- Confondre réparations et impayés : vous mélangez deux dossiers et vous brouillez le juge.
Un bail clair, conforme, avec les bonnes clauses, vous évite déjà une partie de ces pièges. Générez votre contrat sur www.contrat-de-location.com pour 5 € et partez avec une base solide avant que le premier impayé arrive.
