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Location en colocation : clauses a prevoir dans le bail

Location en colocation : clauses à prévoir dans le bail pour éviter impayés, départs non anticipés et conflits. Sécurisez vos règles dès la signature.

Location en colocation : clauses a prevoir dans le bail

Location en colocation, c'est le terrain parfait pour les disputes... sauf si le bail verrouille les règles dès le départ.

Bail de colocation : choisir le bon cadre (unique, multiple, solidaire)

Vous avez deux architectures possibles : un bail unique signé par tous les colocataires, ou des baux séparés (un par chambre). Le choix change tout : remplacement d'un colocataire, impayés, dépôt de garantie, congé.

Le bail unique est le format le plus courant en colocation "classique". Il permet une gestion simple, mais il exige des clauses propres à la vie à plusieurs (solidarité, départ, remplacement, charges, assurance).

Les baux séparés réduisent les frictions entre colocataires, mais ils augmentent votre gestion (états des lieux, dépôt, quittances, régularisations). Ils sont fréquents quand chaque chambre est louée comme un lot autonome, avec des espaces communs.

Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 8-1 : la colocation est la location d'un même logement par plusieurs locataires constituant leur résidence principale, formalisée par un contrat unique ou plusieurs contrats.

Clause de solidarité et clause de non-solidarité : votre filet de sécurité

En bail unique, la clause de solidarité décide qui paie quand l'un ne paie pas. Sans solidarité, vous poursuivez uniquement le colocataire défaillant pour sa part, et vous assumez le trou de trésorerie si vous ne récupérez rien.

Avec solidarité, chaque colocataire peut être tenu de payer la totalité du loyer et des charges. Vous gagnez en sécurité, mais vous devez écrire la clause proprement, sinon elle se retourne contre vous au moment du départ d'un colocataire.

Point clé depuis ALUR : la solidarité ne dure pas éternellement après le départ.

Durée de la solidarité après congé (ALUR)

Pour un bail d'habitation soumis à la loi de 1989, la solidarité d'un colocataire sortant s'arrête :

  • à la date d'effet du congé si un remplaçant est entré et a signé un avenant (ou le bail) ;
  • sinon au plus tard 6 mois après la date d'effet du congé.

Base légale : loi du 6 juillet 1989, article 8-1.

Écrivez noir sur blanc dans le bail : la solidarité joue pendant le bail, puis s'éteint selon le mécanisme légal. Évitez les formulations du type "reste solidaire jusqu'à la fin du bail quoi qu'il arrive" : vous créez un risque de clause inefficace.

Clause de départ et remplacement d'un colocataire : éviter le chaos

Le vrai sujet en colocation, ce n'est pas l'entrée. C'est la sortie.

Sans clause claire, vous vous retrouvez avec un colocataire qui part, un autre qui "trouve quelqu'un", et personne ne sait si vous acceptez, quand le nouveau paye, qui récupère le dépôt, ni si l'assurance couvre le nouvel occupant.

Avenant obligatoire et agrément du bailleur

Prévoyez une clause simple : tout remplacement exige votre accord écrit et un avenant signé par vous et l'ensemble des colocataires restant + le nouvel entrant. L'avenant fixe :

  • l'identité du colocataire entrant,
  • la date d'entrée,
  • la répartition interne du loyer (si vous l'acceptez dans le bail),
  • la reprise des obligations (assurance, charges, règlement intérieur).

Vous gardez la main sur la solvabilité. Vous demandez les justificatifs autorisés (pièces listées par le décret n° 2015-1437 du 5 novembre 2015 sur les pièces justificatives).

Congé d'un colocataire : forme, délai, date d'effet

Rappelez dans le bail les règles de congé du locataire : lettre recommandée, acte de commissaire de justice, ou remise en main propre contre récépissé (loi du 6 juillet 1989, article 15). Délai standard : 1 mois en zone tendue, meublé, ou motifs légaux ; sinon 3 mois en location vide.

Fixez une règle pratique : tant que l'avenant n'est pas signé, les colocataires en place restent tenus au paiement du loyer, selon la solidarité prévue.

Loyer, charges, et "qui paie quoi" : écrire ce que tout le monde pense

La plupart des conflits viennent d'un détail : un colocataire chauffe à 24°C, l'autre part trois semaines, et personne n'accepte de "payer pareil". Le bail ne règle pas la vie privée, mais il fixe la mécanique financière entre vous et les colocataires.

Loyer : un montant unique, une exigibilité unique

En bail unique, écrivez un loyer global (ex. 1 600 €) et une date d'exigibilité (ex. le 5 de chaque mois). Évitez de découper le loyer "par chambre" dans le bail si vous ne voulez pas gérer des discussions de surface ou d'occupation.

Si vous tenez à une répartition, formulez-la comme une organisation interne sans opposabilité contre vous : le loyer total reste dû intégralement.

Charges : forfait ou provision, et régularisation

  • En location vide, vous êtes en provision sur charges avec régularisation annuelle (loi du 6 juillet 1989, article 23). Exemple : 120 € / mois, puis régularisation sur justificatifs.
  • En meublé, vous pouvez choisir un forfait de charges (pas de régularisation) si le bail le prévoit clairement (loi du 6 juillet 1989, article 25-10). Exemple : forfait 90 € / mois.

Écrivez la liste des charges récupérables selon le décret n° 87-713 du 26 août 1987. Ne promettez pas "toutes charges comprises" si vous n'êtes pas capable de cadrer ce qui est inclus.

Clause "impayés" : un protocole clair

Insérez une clause de process, pas une menace. Exemple de mécanique utile :

  • rappel amiable dès J+5,
  • mise en demeure à J+15,
  • activation de la clause résolutoire si elle existe et si les conditions légales sont réunies.

Pour la clause résolutoire (résiliation pour impayés), elle doit être écrite et elle s'applique dans le cadre légal (loi du 6 juillet 1989, article 24).

Dépôt de garantie en colocation : montant, restitution, et casse-tête du sortant

Le dépôt de garantie explose les relations entre colocataires, parce qu'il mélange votre obligation légale et leurs comptes entre eux.

Règle de base :

  • location vide : 1 mois de loyer hors charges maximum (loi du 6 juillet 1989, article 22) ;
  • location meublée : 2 mois de loyer hors charges maximum (loi du 6 juillet 1989, article 25-6).

Qui verse et à qui vous restituez

En bail unique, vous restituez le dépôt au(x) titulaire(s) du bail, pas "au colocataire qui part". Si un colocataire sort en cours de bail, son remboursement relève des colocataires entre eux, sauf si vous acceptez une mécanique spécifique.

La clause utile : préciser que le dépôt reste attaché au bail jusqu'à sa fin, et qu'un colocataire sortant se fait rembourser par son remplaçant ou par les colocataires restant, sans intervention du bailleur.

Délais et retenues

Rappelez les délais légaux de restitution (loi du 6 juillet 1989, article 22) :

  • 1 mois si l'état des lieux de sortie est conforme à l'entrée,
  • 2 mois sinon.

Prévoyez la possibilité de retenir des sommes pour loyers/charges impayés, réparations locatives, et régularisation de charges, avec justificatifs. Une clause n'autorise pas à retenir "au forfait" sans pièces.

Usage des lieux, entretien, nuisances : la clause qui sauve la colocation

La colocation échoue rarement sur le droit pur. Elle échoue sur le bruit, l'hygiène, les invités, les sous-locations sauvages.

Vous ne transformez pas le bail en règlement militaire. Vous fixez des lignes rouges opposables.

Destination, occupation, hébergement, sous-location

Insérez une clause d'usage : logement à usage d'habitation, résidence principale (si c'est le cas), interdiction d'activité professionnelle recevant du public sans accord.

Rappelez l'interdiction de sous-louer sans votre accord écrit (loi du 6 juillet 1989, article 8). C'est la clause qui évite la "colocation dans la colocation" via plateformes et sous-locations déguisées.

Pour les invités : autorisez l'hébergement temporaire, mais interdisez l'occupation permanente par une personne non signataire. Vous pouvez définir un seuil simple (ex. présence continue au-delà de 30 jours) déclenchant l'obligation de régulariser par avenant.

Entretien et réparations locatives

Renvoyez au décret n° 87-712 du 26 août 1987 sur les réparations locatives : entretien courant, menues réparations, remplacement de petites pièces.

Ajoutez une clause pratique : chaque colocataire répond des dégradations qu'il cause, et à défaut d'identification, la responsabilité est collective dans le cadre du bail unique. Vous évitez le "ce n'est pas moi" qui bloque toute sortie.

Assurance, inventaire (meublé), état des lieux : preuves et couverture

En colocation, vous avez deux risques : le sinistre non couvert, et la preuve impossible.

Assurance habitation : attestation annuelle et clause de relance

Le locataire doit s'assurer contre les risques locatifs (loi du 6 juillet 1989, article 7 g). Exigez une attestation à la remise des clés, puis chaque année. Écrivez une clause de relance et les conséquences prévues par la loi si le locataire ne s'assure pas (résiliation possible selon clause résolutoire, ou assurance pour compte si vous l'avez prévu dans les formes légales).

En pratique, demandez une attestation mentionnant l'adresse exacte, la période de validité, et la garantie "risques locatifs".

État des lieux : un seul document, daté, signé, détaillé

Un état des lieux bâclé vous coûte cher. Faites-le pièce par pièce, compteurs, clés, détecteur de fumée, photos horodatées conservées.

Base légale : loi du 6 juillet 1989, article 3-2.

Meublé : inventaire précis

En meublé, l'inventaire doit être détaillé et annexé. Exemple concret : "1 canapé 3 places, tissu gris, tache accoudoir droit", pas "canapé : bon état". Vous gagnez vos retenues sur dépôt de garantie à la fin.

Clauses à éviter : celles qui vous exposent

Certaines clauses vous donnent l'impression d'être protégé... et tombent au premier conflit.

  • Interdire toute visite ou tout hébergement ponctuel : vous heurtez le droit au respect de la vie privée et vous créez une clause contestable.
  • Imposer une solidarité illimitée au-delà de la période encadrée par l'article 8-1 : vous fragilisez la clause.
  • Facturer des pénalités automatiques sans base : les clauses pénales abusives se contestent, et vous perdez du temps.

Restez simple : ce qui est clair, daté, chiffré, et adossé à un texte tient mieux que ce qui "fait peur".

Modèle pratique : les clauses qui valent le coup d'être écrites noir sur blanc

Vous n'avez pas besoin de 20 pages de conditions. Vous avez besoin de 8 à 12 clauses propres à la colocation, bien rédigées.

Liste courte, utile :

  • identification de tous les colocataires + bail unique ou baux séparés ;
  • clause de solidarité conforme à l'article 8-1 ;
  • procédure de départ et remplacement par avenant avec votre accord écrit ;
  • loyer global, date de paiement, mode de paiement, charges (provision ou forfait) ;
  • dépôt de garantie (montant légal, restitution au terme du bail, gestion du sortant) ;
  • assurance (attestation à fournir et renouveler) ;
  • interdiction de sous-location sans accord (article 8) ;
  • usage paisible, nuisances, entretien, réparations locatives (décret 87-712).

Vous gagnez du temps au lieu d'en perdre au premier changement de colocataire.

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